Chaque année en juin, le mois des fiertés arrive en fanfare : défilés, drapeaux, célébrations des progrès durement acquis, fruits de décennies de lutte. Puis, en juillet, c’est au tour de la Fierté des personnes handicapées, plus sobre mais non moins importante, porteuse de sa propre histoire et de son propre appel à la reconnaissance. Ces deux moments sont autant d’occasions de célébrer, mais pour beaucoup, la fierté ne commence pas là. La fierté naît de la résistance, de la décision d’exister ouvertement dans un monde qui ne vous a pas toujours fait de place.
Il est utile de se pencher sur les origines de ces deux mouvements. Pendant des décennies, l’homosexualité a été considérée comme une maladie à diagnostiquer, à réprimer ou à dissimuler. Le handicap a connu une histoire similaire, étant perçu pendant des générations comme une affection à guérir ou un obstacle à l’inclusion sociale. Dans les deux cas, la fierté n’est pas née de la célébration. Elle est née du refus de s’excuser pour qui l’on est, pour sa façon d’être au monde ou pour qui l’on aime.
Cette distinction est importante car, pour beaucoup, notamment celles qui souffrent de douleurs chroniques, de maladies dégénératives ou dont l’identité est encore difficile à accepter pour leur famille et leur communauté, la fierté peut être vécue comme une pression à afficher une joie qui ne correspond pas à leur réalité. Or, tel n’a jamais été le but. La fierté n’exige de personne qu’elle s’aime telle qu’elle est. La fierté invite le monde à cesser de décider comment les gens devraient se percevoir.
Cette perspective s’éclaire lorsqu’on s’intéresse aux personnes qui se trouvent à l’intersection de ces identités. Au Canada, plus de 700 000 Canadiens et Canadiennes âgés de 15 ans et plus s’identifient comme 2SLGBTQIA+ et vivent avec un ou plusieurs handicaps. Ces personnes se trouvent au carrefour de multiples identités marginalisées. Les obstacles auxquels elles se heurtent sont amplifiés par la stigmatisation, les lacunes systémiques des services et des systèmes qui n’ont pas été conçus pour elles.
Imaginez vivre dans un monde qui remet déjà en question vos capacités et invalide votre identité. Imaginez devoir révéler non seulement un handicap, mais aussi qui vous êtes et qui vous aimez, dans les systèmes de santé, de logement, d’emploi, d’éducation, etc. Les recherches montrent systématiquement que les personnes 2SLGBTQIA+ en situation de handicap sont plus susceptibles de rencontrer des problèmes de santé mentale, de se heurter à des obstacles à l’accès équitable aux services et d’être victimes de discrimination en raison de leur identité. Pour ces personnes, le simple fait d’exister ouvertement est un acte de courage.
Pourtant, les personnes qui vivent cette réalité ne se définissent pas par les obstacles. Elles ont souvent une conscience aiguë des systèmes, des soutiens dont elles bénéficient et de ce que devrait être l’inclusion, car elles ont dû la défendre de multiples façons. Cette expérience vécue leur confère une sagesse et une résilience qu’aucune politique ni formation ne peut remplacer.
Cette conversation est particulièrement urgente en ce moment. Les initiatives en matière de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI) sont constamment remises en question, voire, dans certains cas, annulées. L’annulation d’événements censés favoriser la compréhension et le sentiment d’appartenance (comme la récente décision d’annuler une lecture de contes par des drag queens dans un établissement scolaire) soulève une question essentielle : quel message envoyons-nous aux jeunes quant à savoir qui est le bienvenu et qui ne l’est pas ? Nous sommes en 2026, et pourtant, l’hésitation persiste même dans des espaces qui se veulent inclusifs. Il reste encore beaucoup à faire.
Chez ABLE2, c’est le travail que nous poursuivons chaque jour. Nous sommes fiers d’être aux côtés de la communauté 2LSGBTQIA+, en particulier des personnes en situation de handicap, et de leur fournir les outils, les ressources et l’accompagnement personnalisé nécessaires pour vivre en toute confiance et autonomie. Notre service d’orientation juridique Reach met en relation les personnes en situation de handicap avec un réseau de professionnels du droit bénévoles qui les aident à lutter contre la discrimination et à faire valoir leurs droits. Notre mission n’est pas seulement de soutenir les personnes, mais de leur donner les moyens de défendre leurs droits et de construire une vie plus riche, plus sûre et conforme à leurs aspirations.
Alors que juin cède la place à juillet, j’invite mes collègues leaders et militants à poursuivre cette réflexion. La Fierté n’est pas qu’un slogan ou le simple fait de hisser des drapeaux arc-en-ciel un mois par an. C’est un engagement continu à créer des espaces inclusifs pour tous, quelles que soient leur identité et leurs capacités. C’est permettre à chacun de s’exprimer pleinement et de participer de manière significative, sans exiger de lui qu’il se conforme à un modèle préétabli.
Pour célébrer, promouvoir et faire progresser ce travail, je vous laisse avec une question :
Quelle décision pouvez-vous prendre aujourd’hui pour faciliter la présence et la pleine participation des personnes aux identités multiples au sein de votre espace ?
Publié par
Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif
