Le militantisme a toujours fait partie intégrante de ma vie. Mère d’un fils autiste, j’ai passé des années à me battre contre des systèmes inadaptés aux familles comme la mienne. J’ai souvent été la seule à défendre son droit à l’inclusion, insistant pour que les portes restent ouvertes malgré les obstacles. Ces expériences ont façonné mon parcours professionnel, mon style de leadership et ma vision du militantisme authentique. Elles m’ont aussi appris que les femmes sont les plus efficaces défenseures de leurs droits, quel que soit leur domaine.
Les femmes assurent la cohésion des systèmes tout en surmontant elles-mêmes les obstacles. Nous sommes des soignantes, des organisatrices, des personnes qui trouvent des solutions, des innovatrices. Nous tissons des réseaux, créons des solutions et soutenons nos familles et nos communautés, non seulement parce que nous le pouvons, mais parce que nous le devons. C’est pourquoi le thème de la Journée internationale des femmes de cette année, « Donner pour recevoir », résonne profondément en nous. Lorsque les femmes ont accès aux ressources, aux opportunités et au soutien, les familles, les communautés, les organisations et tous en bénéficient.
Mais il existe un groupe de femmes dont la réalité demeure largement invisible dans ces discussions : les femmes handicaps. Elles font face à des obstacles parmi les plus importants, subissant non seulement l’écart salarial entre les sexes et l’écart d’emploi lié au handicap, des écarts qui se creusent encore davantage au croisement du racisme, de la pauvreté et de l’exclusion systémique. Au Canada, les femmes handicaps n’occupent que 0,3 % des postes de direction et seulement 59 % des personnes handicaps ont un emploi. Ces chiffres démontrent clairement qu’il ne s’agit pas de lacunes individuelles, mais de failles systémiques.
Tout au long de ma carrière, j’ai constaté ce phénomène : des femmes exclues de milieux professionnels qui ne les prennent pas en compte, des dirigeantes talentueuses écartées parce que certains ont présumé que handicap rimait avec incapacité, des femmes handicaps piégées dans des systèmes d’aide sociale qui freinent leur autonomie financière. Le plus frustrant, c’est que nous savons que nous pouvons changer les choses, mais nous n’investissons pas suffisamment pour y parvenir.
Investir dans les femmes en situation de handicap, en leur offrant accessibilité, aménagements, opportunités et confiance, nous apporte bien plus que ce que nous donnons. Nous gagnons des personnes exceptionnelles, capables de résoudre des problèmes complexes, qui ont passé leur vie à naviguer dans des systèmes qui ne leur étaient pas destinés. Nous gagnons des employées fidèles, car un emploi valorisant est une chose qu’elles apprécient à sa juste valeur. Nous bénéficions de perspectives qui enrichissent nos produits, nos services et notre culture d’entreprise, d’une manière qu’aucune équipe homogène ne pourrait égaler. Et nous gagnons des communautés qui s’épanouissent lorsque les personnes les plus marginalisées sont encouragées à prendre les rênes.
Parler de leur réalité ne suffit pas. La véritable équation « donner pour recevoir » exige un investissement réel et concret. Investir, c’est intégrer la flexibilité et l’accessibilité au sein des milieux de travail comme une norme, et non comme un avantage ou une option secondaire. Investir, c’est développer des initiatives d’éducation financière et de sécurité qui s’attaquent aux pièges de la pauvreté, aux restrictions des prestations sociales et aux obstacles économiques propres aux femmes handicaps. Investir, c’est normaliser les pratiques d’embauche accessibles afin de lever les obstacles sur le marché du travail. C’est offrir de véritables perspectives d’accès aux postes de direction et de promotion, afin que les femmes handicaps puissent occuper davantage de fonctions à responsabilité. Enfin, il est essentiel de s’engager en faveur d’une équité mesurable, de combler les écarts de salaires, d’emploi et de besoins d’accessibilité non satisfaits, et de rendre des comptes sur les progrès accomplis.
Le retour sur investissement est indéniable. Les recherches démontrent que la promotion de l’égalité des sexes pourrait contribuer jusqu’à 150 milliards de dollars au PIB du Canada, et que l’amélioration de l’emploi des personnes handicaps accroît sensiblement la productivité, la stabilité et la participation globale au marché du travail.
Mais au-delà des aspects économiques, un enjeu plus fondamental est en jeu : lorsque les femmes handicaps accèdent à la sécurité économique, leurs familles se stabilisent. Lorsqu’elles trouvent un emploi, le discours dominant au sein de la communauté évolue quant à la place des femmes dans le monde du travail. Lorsqu’elles accèdent à des postes à responsabilité, elles redéfinissent les perspectives d’avenir pour les générations futures.
Nous le constatons fréquemment dans notre travail chez ABLE2. Nous voyons des mères qui, une fois soutenues, deviennent d’ardentes défenseures d’autres familles. Nous voyons des femmes qui acquièrent des compétences financières et qui, à leur tour, accompagnent d’autres personnes confrontées aux mêmes difficultés. Nous voyons des employées qui, lorsqu’elles bénéficient d’aménagements et de confiance, deviennent des leaders inspirantes. Il ne s’agit pas de simples anecdotes. Ce sont des conséquences bien réelles de l’autonomisation des femmes en situation de handicap.
Et pourtant, la société reste engluée dans un cycle où les femmes handicaps doivent encore se battre pour chaque opportunité, chaque aménagement, chaque aide financière. Nous célébrons celles qui « surmontent » les obstacles au lieu de nous engager à les supprimer définitivement. Nous proposons des programmes qui pallient les lacunes, alors que ce dont les gens ont besoin, ce sont des changements systémiques.
En célébrant les femmes, je vous encourage à vous engager concrètement à investir dans les femmes handicaps. Demandez-vous : que leur offrons-nous qui contribue réellement à leur réussite ?
Car lorsque les femmes handicaps ont les moyens de réussir pleinement, nous en profitons tous. La question est maintenant simple : sommes-nous prêts à investir sérieusement ?
Publié par
Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif
