L’accès à la justice est fondamental pour la justice sociale.

Le 20 février marque la Journée mondiale de la justice sociale. Le thème de cette année, choisi par les Nations Unies, « Protection sociale et travail décent pour tous », appelle à des politiques concrètes visant à réduire la pauvreté, à renforcer les services publics et à garantir l’accès à la justice et au bien-être pour tous.

Pour les personnes handicapées, ce n’est pas une question théorique. C’est une question personnelle.

On parle souvent de justice sociale sous l’angle des aides au revenu, des taux d’emploi ou des droits des travailleurs. Ces éléments sont certes essentiels, mais pour de nombreuses personnes handicapées, la justice commence encore plus tôt, par une question plus fondamentale : ai-je seulement accès à une protection juridique ?

Puis-je comprendre mes droits ? Contester les décisions qui affectent mon logement, mes revenus ou mes soins de santé ? M’orienter dans des systèmes conçus sans tenir compte de moi ? Bénéficier d’une assistance juridique lorsque j’en ai le plus besoin ?

Quand la réponse est non, toute autre protection sociale devient une promesse sans solution.

Chez ABLE2, le service d’orientation juridique Reach existe car l’accès à la justice est inégalitaire. Les systèmes juridiques peuvent être complexes, coûteux et inaccessibles, notamment pour les personnes en situation de handicap, ou disposant de ressources financières limitées. Ce service comble cette lacune.

Nous mobilisons un réseau de plus de 200 avocats, parajuristes, et médiateurs du droit bénévoles qui offrent jusqu’à trois heures de consultation juridique gratuite et confidentielle. Pour de nombreux clients, c’est la première fois qu’ils se sentent écoutés au sein d’un système qui leur paraît injuste. Parfois, cela fait toute la différence entre perdre son logement et conserver sa stabilité, entre l’exploitation et la protection, ou entre le désespoir et la défense de ses droits.

L’accès à la justice est le fondement de tous les autres systèmes de protection sociale.

Sans protection juridique, les travailleurs ne peuvent défendre leurs droits, les locataires contester les pratiques de logement dangereuses ou discriminatoires, les familles obtenir les prestations auxquelles elles ont droit et les individus se protéger contre l’exploitation et les abus. Lorsque ces protections sont inaccessibles, les droits restent théoriques.

Le thème de l’ONU met l’accent sur le travail décent. Pour les personnes handicapées, le travail décent implique bien plus que de simples opportunités d’emploi. Il requiert des aménagements de poste de travail applicables, une protection contre la discrimination, une rémunération équitable et une participation réelle.

Mais lorsqu’on ne peut pas accéder aux systèmes juridiques pour contester la discrimination ou exiger des aménagements, le « travail décent » reste hors de portée, quel que soit le nombre d’emplois existants.

Les lois sur l’équité en matière d’emploi ne servent à rien si les gens ne peuvent pas les appliquer.

Le service d’orientation juridique Reach d’ABLE2, ainsi que d’autres programmes d’accompagnement et de défense des droits, permettent aux personnes de ne pas se retrouver seules face à des systèmes fragmentés. Nous œuvrons à réduire la stigmatisation, à favoriser la compréhension et à mettre les individus en relation avec des services qui soutiennent leur dignité et leur stabilité.

Mais les organisations caritatives comme la nôtre ne peuvent pas remplacer la responsabilité systémique.

Des programmes comme le nôtre doivent servir de transition, et non de solution permanente. Les gouvernements doivent financer adéquatement des systèmes de protection sociale inclusifs. Les employeurs doivent respecter les droits des travailleurs et s’engager dans un dialogue social constructif. Les communautés doivent lutter contre la stigmatisation et investir dans des initiatives locales qui facilitent l’accès aux services et aux opportunités.

La justice sociale ne s’obtient pas par de simples déclarations. Elle s’obtient par des structures qui fonctionnent pour tous dès le départ.

Si nous prenons au sérieux la « protection sociale et le travail décent pour tous », alors l’accès à la justice doit être non négociable, non pas un service charitable, mais un droit fondamental doté des infrastructures nécessaires pour le garantir.

En cette Journée mondiale de la justice sociale, j’interpelle les dirigeants, les décideurs politiques, les employeurs et les membres de la communauté : examinons les obstacles qui persistent et éliminons-les. Finançons des systèmes inclusifs. Concevons des services accessibles dès le départ. Garantissons aux personnes handicapées la possibilité de faire valoir leurs droits, et pas seulement d’en prendre connaissance.

La cohésion sociale se renforce lorsque l’inclusion est intentionnelle. Justice différée pour certains, justice refusée à tous.

La justice sociale se construit par l’action. Construisons-la ensemble.

Où constatez-vous des lacunes en matière de justice dans votre communauté ? Quel rôle pourriez-vous jouer pour les combler ?

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Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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Ce que 2025 nous a appris et dans quoi nous investissons pour 2026

Je n’ai jamais été du genre à prendre des résolutions. Mais en repensant à l’année remarquable d’ABLE2 et en me projetant vers 2026, je comprends clairement ce que nous laissons derrière nous et ce vers quoi nous nous engageons résolument.

L’année 2025 a dépassé mes attentes d’une manière que je n’avais pas anticipée.

Nous avons atteint notre objectif de revenus dès le troisième trimestre, bien avant le quatrième trimestre, période traditionnellement consacrée à nos levées de fonds. Nous avons triplé notre couverture médiatique par rapport à l’année précédente, ce qui a permis de donner encore plus de visibilité aux personnes en situation de handicap dans toute la région. Nous avons noué des partenariats atypiques – notamment avec un joueur Twitch qui a récolté plus de 1 300 $ en 13 heures de diffusion en direct – et renforcé nos liens avec nos soutiens de longue date. Nous étions présents là où notre communauté se rassemblait, de Capital PRIDE aux tables rondes professionnelles. Enfin, notre transition vers un fonctionnement entièrement à distance, perçue comme risquée par certains, est devenue l’un de nos plus grands atouts : elle nous a permis d’aller à la rencontre des gens là où ils se trouvent, quand ils ont besoin de nous, sans être limités par des contraintes physiques ou horaires de bureau.

Mais la transformation la plus significative a peut-être été la manière dont nous nous sommes mobilisés pour les personnes que nous soutenons.

Nous avons réduit de 26 % la liste d’attente de notre programme de jumelage, permettant ainsi à des personnes qui attendaient depuis des années d’être enfin mises en relation avec leurs alliés. Le Programme de ressources sur l’alcoolisation fœtale (FARP) a vu ses délais d’attente diminuer de 67 %, et les enfants, les jeunes et leurs familles ont reçu de l’aide près de 19 mois plus tôt. Nos services de courtage en financement ont accompagné près de 80 % de clients supplémentaires, et notre programme d’aide au logement a soutenu 140 % de personnes en plus en 2025 par rapport à l’année précédente.

Les données révèlent à quel point notre impact peut être plus important lorsque nous rationalisons nos programmes, renforçons la qualité de notre prestation et laissons les données guider des décisions plus intelligentes et plus ciblées.

L’année 2025 nous a montré ce qui est possible lorsque nous choisissons l’évolution plutôt que « ce qui fonctionne ».

Voici nos engagements pour 2026.

Ce qui est dépassé : la culture de la performance à outrance érigée en signe de distinction.

Ce qui est inclus : Le bien-être du personnel comme priorité stratégique favorisant un travail durable et significatif

L’épuisement professionnel ne devrait jamais être le prix de l’engagement. Lorsque le personnel dispose de ce dont il a besoin – ressources, soutien, soins de santé mentale, compassion – il peut s’investir pleinement et plus efficacement auprès de la communauté. Le bien-être n’est pas un luxe, c’est un fondement.

Faire preuve de bienveillance envers notre équipe signifie qu’elle peut faire preuve de bienveillance envers les personnes que nous accompagnons.

Ce qui est dépassé : S’appuyer sur « ce qui a toujours fonctionné »

Au programme : créativité, visibilité et engagement communautaire

Le marketing et la communication ne sont pas qu’une question d’apparence. C’est grâce à eux que la communauté découvre nos offres, comprend notre impact et trouve des moyens concrets de s’impliquer.

En 2026, nous allons étendre notre présence en matière de communication : nouer des partenariats avec les acteurs locaux, explorer les collaborations avec les influenceurs et nous impliquer dans des espaces numériques comme les diffusions en direct de jeux vidéo, où les échanges authentiques sont déjà bien établis. Nous avons constaté l’efficacité de ces approches non conventionnelles. Nous sommes désormais prêts à les exploiter pleinement.

Nous choisissons également avec soin où nous concentrons notre temps et nos ressources : en investissant dans des programmes à fort potentiel et en sollicitant des subventions qui correspondent étroitement à notre mission et à nos atouts.

Ces choix garantissent que notre impact soit non seulement ressenti, mais aussi vu, compris et défendu.

Ce qui n’est plus : être le décideur par défaut et se sentir responsable de chaque réponse et de chaque appel.

Ce que j’y mets : Un leadership centré sur l’humain — diriger avec bienveillance, écouter attentivement et apprendre avec mon équipe

J’apprends chaque jour de mon équipe, des personnes que nous accompagnons et en prenant des risques qui repoussent les limites du possible. Être un leader, ce n’est pas détenir toutes les réponses ; c’est créer un environnement propice à l’épanouissement des autres, être à l’écoute et cultiver une curiosité insatiable pour continuer à progresser.

Je ne suis pas parfait, et je n’ai pas besoin de l’être.

Ce à quoi je m’engage, c’est d’apprendre en permanence, de perfectionner mon leadership et de m’adapter à un monde qui évolue plus vite que quiconque ne peut suivre. Mon équipe me stimule, m’apprend et m’inspire ; cette progression collective est le moteur de notre travail.

Il ne s’agit pas de résolutions, mais d’engagements fondés sur ce que l’année 2025 a démontré être possible.

Nous investissons dans les gens — notre personnel et notre communauté.

Nous investissons dans des stratégies audacieuses qui reflètent la réalité du monde actuel.

Nous investissons dans notre évolution en tant qu’organisation engagée dans une défense durable, innovante et courageuse des droits des personnes handicaps.

La communauté des personnes en situation de handicap mérite un défenseur qui s’engage pleinement, en ligne, en personne et partout où les gens se rassemblent. Cela implique de prendre soin de notre équipe, de diversifier nos ressources et d’oser expérimenter de nouvelles approches.

2025 nous a montré que nous pouvons accomplir des choses remarquables lorsque nous sommes prêts à nous adapter.
2026, c’est faire ces choses avec intention, investissement et attention.

Qu’allez-vous laisser derrière vous cette année ? Dans quoi investissez-vous ?

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Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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Comment nos champions ont transformé ABLE2 – pour le meilleur

Réflexions sur l’année 2025 et sur ce qui se passe lorsqu’une communauté se mobilise pour les personnes handicapées

J’ai vu Wicked récemment, et dans le duo final très émouvant « For Good », Elphaba et Glinda évoquent l’impact profond qu’elles ont eu l’une sur l’autre. Cette chanson m’a marquée et m’a inspiré cette réflexion, alors que je repense au parcours d’ABLE2 entre 2024 et 2025. Cela peut paraître cliché, mais le vers « …changé pour de bon » décrit parfaitement ce qui s’est passé lorsque notre communauté s’est mobilisée au moment où nous en avions le plus besoin.

En 2024, ABLE2 a dû faire face à une crise financière qui a mis en péril 50 ans d’action communautaire. Comme beaucoup de petites associations, nous étions tiraillés entre une demande croissante et des ressources en baisse. Pour la première fois depuis mon arrivée, je doutais de notre survie.

Afin de préserver nos programmes essentiels, nous avons dû prendre des décisions difficiles, comme la fermeture de certains programmes et le licenciement de personnel. Ce furent parmi les conversations les plus éprouvantes que j’aie eues en tant que directrice générale, et l’impact sur les personnes concernées m’a profondément affectée. Mais face à des ressources limitées et à des besoins croissants, ces mesures étaient indispensables pour continuer à soutenir les personnes les plus vulnérables de notre communauté.

Fin 2024, nous avons lancé une campagne de financement exclusivement numérique. Pas de publipostage, un budget marketing minimal, juste de la transparence. Nous avons exposé clairement notre situation financière et partagé notre espoir que ceux qui croyaient en notre mission nous soutiendraient. Forts de notre expérience des années précédentes, nous savions que cette campagne donnerait des résultats modestes.

Au lieu de cela, un événement remarquable s’est produit. Nos donateurs n’ont pas seulement répondu à l’appel, ils l’ont surpassé. Des dons sont venus de partenaires de longue date, de nouveaux donateurs, d’anciens bénévoles, de familles que nous avons soutenues il y a des années et de personnes engagées dans la communauté. Ils se sont mobilisés pour les personnes les plus vulnérables de notre communauté. Leur générosité a permis à ABLE2 de se stabiliser, de se reconstruire et d’aborder l’année 2025 avec des bases plus solides.

Nos champions nous ont changés — pour toujours.

Grâce à cette stabilité retrouvée, nous savions qu’il nous fallait adopter une approche plus stratégique quant à l’utilisation de nos ressources. À la mi-2025, nous avons pris une décision qui nous paraissait à la fois risquée et nécessaire : ABLE2 est passée à un fonctionnement entièrement à distance et a fermé ses bureaux physiques.

Certains craignaient que cela ne réduise notre impact ou notre visibilité, voire ne compromette notre productivité. Mais nous avons poursuivi notre route avec confiance, car nous avons toujours su que notre force ne réside pas entre les quatre murs d’un bureau, mais dans notre lien avec la communauté.

Libérée des contraintes d’un lieu physique, notre équipe a pu aller à la rencontre des usagers, des bénévoles et des donateurs là où ils se trouvaient. Nous avons éliminé les obstacles tels que les déplacements, les horaires rigides et les pressions d’un environnement de bureau traditionnel. Nos collaborateurs ont ainsi gagné en flexibilité pour adapter les programmes aux besoins et aux préférences de chacun, tout en préservant un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Ce n’était pas nouveau pour nous. Nous fonctionnions déjà ainsi depuis la pandémie, et nos résultats montraient constamment que notre efficacité reposait sur les relations, et non sur l’immobilier.

Depuis le passage au télétravail intégral, nous avons pu aider et soutenir davantage de personnes et sortir des listes d’attente de certaines familles. Nous avons recruté plus de bénévoles, accueilli de nouveaux donateurs et renforcé nos partenariats avec des organisations et des entreprises qui partagent notre vision.

Chaque séance de formation sur le TSAF, chaque match, chaque soutien à la navigation et chaque effort de sensibilisation ont été possibles grâce à ce changement et grâce aux champions qui continuent de nous soutenir.

L’année 2025 nous a montré ce qui se produit lorsqu’une communauté se mobilise pour l’inclusion. Elle nous a montré que de petites organisations peuvent avoir un impact considérable lorsqu’elles sont entourées de personnes engagées. Elle nous a montré que le travail visant à donner la parole aux personnes handicapées, à bâtir des communautés inclusives et à lever les obstacles exige la participation de tous.

À tous ceux qui ont fait un don, se sont portés volontaires, ont noué un partenariat, ont milité pour ABLE2 et ont cru en elle cette année : merci. Vous ne nous avez pas seulement sortis de la crise ; vous avez aussi affirmé que les personnes handicapées comptent.

Vous êtes devenus leurs champions du quotidien.

À l’approche de la fin de l’année 2025, je suis profondément reconnaissant pour tout ce que cette communauté a rendu possible. Et même si nous avons accompli de réels progrès, les besoins, eux, demeurent.

Les personnes handicapées continuent de lutter pour une inclusion de base. Les familles peinent encore à se frayer un chemin seules dans des systèmes fragmentés. Les jeunes adultes atteignent la majorité et ne bénéficient plus des aides dont ils ont besoin, sans perspective d’avenir claire. Le fossé entre la prise de conscience et l’action reste important.

ABLE2 existe pour combler ce fossé, pour défendre les intérêts de chacun et bâtir la communauté inclusive que nous méritons tous. Mais nous ne pouvons pas accomplir cette mission seuls.

En cette période des fêtes, je vous invite à devenir un champion du quotidien pour les personnes handicapées.

Votre don nous assure un démarrage en force pour 2026, tout comme votre générosité fin 2024 a transformé notre trajectoire cette année.

Votre don aujourd’hui signifie :

Votre soutien contribue à des vies riches de sens et de joie. Découvrez leurs histoires ici ou écoutez leurs témoignages dans notre podcast.

Nous approchons de notre objectif de fin d’année. Un don aujourd’hui permettra à ABLE2 de poursuivre sur sa lancée et de continuer à créer des liens, un sentiment d’appartenance et des opportunités au cours de l’année à venir.

Deviendrez-vous un champion du quotidien pour les personnes handicapées avant la fin de l’année ?

Faites un don ici : http://weblink.donorperfect.com/ABLE2DonateSM

Merci d’être à nos côtés, aujourd’hui et à l’avenir.

Joyeuses fêtes !

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Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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La voix solitaire à la table : Pourquoi chaque personne handicap a besoin d’un défenseur au quotidien

Lorsque mon fils a reçu un diagnostic d’autisme et de retard de développement dans les années 1980, j’ai fait comme tous les parents : j’ai imaginé son avenir. Mais lors d’une consultation, un professionnel m’a dit sans détour : « Votre enfant ne deviendra pas neurochirurgien. »

Je me souviens avoir pensé : je n’ai pas besoin qu’il soit neurochirurgien. Je veux juste qu’il ait une belle vie.

Ce simple souhait a nécessité quarante années de lutte acharnée. Mais même à l’époque, je savais que je n’aurais pas dû avoir à me battre aussi durement.

Dans les années 1990, lorsque je militais pour que mon fils soit intégré dans une classe ordinaire tout en bénéficiant de programmes spécialisés, j’étais presque toujours la seule à défendre cette position. Les professionnels m’expliquaient en détail pourquoi c’était impossible.

Mais nous y sommes parvenus. Durant ses années de lycée, il a été pleinement intégré. Tout a été adapté à ses besoins. Il avait des amis avec qui déjeuner, des assistants pour le soutenir et une vie qui lui permettait de participer pleinement à la vie de sa communauté.

Il a fallu un plaidoyer épuisant. Il a fallu être son champion au quotidien — et avoir d’autres champions dans sa vie : ses grands-parents, ses tantes, ses oncles, un réseau de personnes qui croyaient qu’il méritait plus que la simple survie.

Après 40 ans, je peux vous l’affirmer avec certitude : on n’élève pas un enfant handicapé sans un réseau de soutien. On m’a dit que j’étais courageuse, mais je faisais simplement ce qu’il fallait pour que mon enfant puisse mener une vie pleine de sens et d’épanouissement.

Voir mon fils prendre le bus seul pour la première fois m’a terrifiée. Mais il aspirait à cette indépendance, et faire partie d’une communauté, c’est aussi lui faire confiance pour s’y retrouver. J’ai dû apprendre que ce n’est pas ma vie, c’est la sienne. Mon rôle est de faciliter ce qu’il souhaite, et non pas toujours ce que je crois qu’il a besoin.

Aujourd’hui, mon fils se fait des amis partout où il va. Il aime son travail et ses tâches ménagères. Il aime faire du sport, aller au centre commercial, et savourer son déjeuner spécial chaque semaine, comme tout le monde. C’est un garçon gentil et affectueux qui vit la vie qu’il souhaite.

Et c’est tout ce que j’avais toujours espéré : qu’il vive pleinement sa vie.

Mais cela ne signifie pas qu’il n’a plus besoin de soutien. Nous anticipons l’avenir, nous veillons à ce que son frère ou sa sœur soit impliqué(e) et qu’il ait des personnes qui le défendent, au-delà de sa famille. Car, en réalité, nous avons tous besoin de quelqu’un à nos côtés dans les moments difficiles. Nous avons tous besoin de quelqu’un pour nous défendre lorsque nous sommes trop épuisés pour le faire nous-mêmes.

Les êtres humains ont besoin des autres pour s’épanouir. Ce n’est pas seulement une question de handicap, c’est une question humaine.

Nous avons certes parcouru un long chemin depuis les années 80, mais il reste encore beaucoup à faire. Aujourd’hui encore, les parents se battent avec autant, voire plus, d’acharnement qu’il y a des décennies. Ils doivent toujours se débrouiller seuls face à des services fragmentés, ils continuent de lutter pour l’inclusion comme si elle était facultative, et ils essuient toujours des refus lorsqu’ils demandent que leurs enfants soient traités avec dignité.

C’est épuisant. C’est frustrant. Mais ça ne doit pas forcément être ainsi.

Toutes les personnes handicapées n’ont pas la chance d’avoir un parent capable de défendre leurs droits. Tous les parents ne bénéficient pas du même réseau de soutien que nous. Et même ceux qui en ont un ne devraient pas avoir à se battre seuls.

En ce mardi du don, je vous invite à devenir un champion du quotidien pour les personnes handicap.

Votre soutien permet à un parent de ne pas être le seul à prendre des décisions. Il permet à un jeune adulte d’avoir quelqu’un qui défend ses droits en matière de logement, d’emploi et d’autonomie à mesure que ses parents vieillissent. Il permet aux personnes handicapées d’avoir des alliés au-delà de leur famille : des professionnels, des partenaires et des membres de la communauté qui croient qu’elles méritent mieux que la simple survie.

En soutenant ABLE2, vous renforcez le plaidoyer, les programmes et les réseaux qui garantissent que personne ne lutte seul. Vous contribuez à créer la communauté inclusive que nous aurions dû bâtir il y a des décennies.

Mon fils est devenu un garçon gentil et aimant qui profite de la vie. C’est ce qui me rend fier : non pas ce qu’il a accompli selon les critères de la société, mais le fait qu’il vive la vie qu’il souhaite.

Chaque personne en situation de handicap le mérite. Elle mérite des défenseurs qui la soutiendront lorsqu’elle est épuisée, qui se battront lorsque le système la laisse tomber et qui croiront en son potentiel même lorsque les autres n’y croient pas.

En ce Giving Tuesday, serez-vous un champion du quotidien pour les personnes handicapées ?

Cultivez une vie pleine de sens et de joie dès aujourd’hui : https://www.able2.org/fr/soyez-un-champion-du-quotidien/

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Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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Pourquoi les employeurs intelligents repensent le recrutement des personnes handicapées

Les entreprises canadiennes sont confrontées à un paradoxe flagrant : une grave pénurie de main-d’œuvre, avec plus de 527 000 postes vacants, demeure inoccupée, tandis que 740 000 Canadiens qualifiés et motivés ne trouvent pas d’emploi. La pénurie de talents est imminente, mais des pratiques d’embauche désuètes empêchent trop d’employeurs d’en profiter, ce qui coûte à l’économie canadienne jusqu’à 422 milliards de dollars en perte de potentiel.

Depuis des années, les discussions sur l’embauche de personnes handicapées s’appuient sur le même langage : « c’est la bonne chose à faire », « c’est une question de responsabilité sociale d’entreprise », « c’est un impératif moral ». Tout cela est vrai, mais ce n’est qu’une partie de la réalité. L’inclusion du handicap n’est pas seulement un impératif moral, c’est aussi un avantage stratégique pour l’entreprise.

Les chiffres sont éloquents : les entreprises qui excellent en matière d’inclusion des personnes handicapées déclarent un chiffre d’affaires 1,6 fois supérieur et un bénéfice net 2,6 fois supérieur à celui de leurs concurrents. Une étude de l’Institut de recherche sur le travail et la santé (ITHS) montre que combler l’écart d’emploi pourrait générer entre 252,8 et 422,7 milliards de dollars d’investissements dans l’économie canadienne, créer 450 000 emplois d’ici 2030 et ajouter 50 milliards de dollars au PIB du Canada d’ici 2030. Il ne s’agit pas de simples discours sur l’inclusion, mais d’une stratégie de croissance.

Pourtant, nous sommes confrontés à une pénurie de talents tout en négligeant un vivier de talents hautement qualifiés et diversifiés. Le décalage ne concerne pas les compétences. Ce qui freine les employeurs, c’est l’idée fausse et dépassée selon laquelle l’adaptation est coûteuse ou complexe. En réalité, la plupart des aménagements, comme les horaires flexibles, le télétravail et les postes de travail modulables, sont des pratiques peu coûteuses qui profitent à tous les employés. Des études montrent que pour chaque dollar investi dans les aménagements, les entreprises obtiennent un rendement moyen de 28 dollars. La fidélisation du personnel suit le même raisonnement. Une étude sur les franchises a montré que les magasins employant du personnel handicapé affichaient un taux de rotation de 35 %, contre 75 % en moyenne dans le secteur.

Le problème de l’adaptation est un mythe. Le véritable problème réside dans le fait que les entreprises ont construit leurs systèmes autour d’une idée dépassée de l’« employé idéal », et que quiconque ne correspond pas à ce modèle étroit est traité comme nécessitant un traitement particulier.

Lorsque les employeurs éliminent les obstacles inutiles et instaurent une culture d’entreprise solidaire, tout le monde en bénéficie. La productivité, l’engagement et la fidélité augmentent. Les équipes gagnent en innovation et en résilience.

Lorsque je suis devenu directeur général d’ABLE2 en août 2018, je n’aurais jamais pu imaginer que deux ans plus tard, une pandémie mondiale nous obligerait à télétravailler. Je m’attendais à des difficultés et à des réactions négatives, mais j’ai eu une révélation.

Les obstacles liés au transport et aux horaires ont été supprimés. Le personnel a bénéficié d’une plus grande flexibilité pour gérer ses problèmes de santé et de famille, et la productivité globale a augmenté. Les membres de l’équipe qui trouvaient notre environnement de travail trop contraignant ont enfin pu se concentrer sans la surcharge sensorielle. Nous avons étendu cette même flexibilité aux personnes que nous accompagnons, en les rencontrant là où elles se trouvent et de la manière qui leur convient le mieux.

Notre objectif n’était pas de réinventer l’accessibilité au travail. Mais la pandémie a révélé combien d’obstacles nous avions discrètement acceptés comme « normaux ». En septembre, nous avons opéré une réorientation stratégique vers un fonctionnement entièrement à distance et fermé nos bureaux. Nous y voyons un avantage concurrentiel : nos équipes sont plus productives, plus fidèles et plus innovantes. Et nous servons mieux notre communauté parce que notre personnel la reflète.

En tant que dirigeants et employeurs, vous pouvez mettre en place des pratiques d’embauche inclusives grâce à :

  • Offres d’emploi accessibles : Utilisez un langage clair et concis, en mettant l’accent sur les compétences essentielles et indiquez clairement que des aménagements sont disponibles. Assurez-vous que les sites web, les formulaires et les évaluations sont accessibles.
  • Diversifiez votre action : travaillez avec des agences axées sur le handicap et participez à des salons de l’emploi pour entrer en contact avec des candidats qualifiés.
  • Entretiens accessibles : Proposez des options de format d’entretien telles que la vidéo, l’écrit ou en personne pour répondre à des besoins divers, et encouragez les candidats à demander des aménagements à l’avance, en s’assurant qu’ils peuvent donner le meilleur d’eux-mêmes.
  • Intégrer des systèmes de soutien : Assurez-vous que les outils, la technologie et les aménagements de l’espace de travail sont en place. Adoptez une approche centrée sur la personne en demandant aux candidats ce qui leur permettrait d’exprimer pleinement leur potentiel au travail.
  • Favoriser une culture d’appartenance : former les équipes à l’inclusion du handicap, rendre l’inclusion visible dans le leadership et l’intégrer dans les valeurs de l’entreprise.
  • Investir dans l’évolution de carrière : Associez les employés à des mentors, créez des parcours d’avancement et diversifiez le leadership.

Octobre est le Mois national de l’emploi des personnes handicapées, et nous célébrons les employés en situation de handicap qui contribuent à l’inclusion, à l’innovation et à la résilience de nos lieux de travail. Mais c’est aussi l’occasion de s’attaquer aux obstacles qui subsistent et de découvrir le potentiel encore inexploité.

Les employeurs qui favorisent l’inclusion des personnes en situation de handicap bénéficient de ce que d’autres négligent : des talents exceptionnels, des équipes innovantes et une connexion plus forte avec des marchés diversifiés. Les personnes en situation de handicap apportent une expérience vécue, une adaptabilité et des compétences en résolution de problèmes inestimables dans une économie en mutation. Elles contribuent depuis longtemps de manière significative à nos communautés, et chez ABLE2, nous les voyons s’épanouir et mener une vie pleine de sens et d’épanouissement lorsqu’elles sont autonomes et qu’elles ont la possibilité de participer à la vie communautaire.

L’expertise, le soutien et les candidats qualifiés existent déjà. La vraie question n’est pas de savoir si vous pouvez vous permettre d’embaucher des personnes en situation de handicap, mais plutôt de savoir si vous pouvez vous permettre de ne pas le faire. L’avenir du travail est inclusif. Votre entreprise sera-t-elle en avance ou à la traîne ?

Dirigeants, c’est le moment idéal pour vous demander : que faudrait-il pour transformer ces obstacles en opportunités ?

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Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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Briser la stigmatisation : pourquoi le TSAF exige plus qu’une simple sensibilisation

Ayant élevé un enfant handicapé, je connais bien les sentiments d’épuisement et d’impuissance qui façonnent notre quotidien. Lorsque mon fils a reçu un diagnostic d’autisme, le plus difficile n’a pas été le diagnostic lui-même. C’était de réaliser que je devais l’élever dans un monde qui voyait ses limites plutôt que son potentiel.

Comme tout parent, mon souhait était simple : que mon enfant soit accepté, qu’il grandisse et s’épanouisse aux côtés de ses pairs. Mais dans les années 1980, les enfants handicapés étaient souvent mis à l’écart de leurs camarades, et les programmes nous refusaient systématiquement, car ils n’étaient pas « équipés » pour l’accompagner. J’ai passé d’innombrables nuits blanches à faire des recherches, à défendre et à me battre pour le droit fondamental de mon fils à l’appartenance.

Les choses ont évolué depuis, mais ce que j’ai appris, et ce qui motive mon travail aujourd’hui, c’est que les obstacles auxquels nos enfants sont confrontés ne sont pas inhérents à leur handicap. Ils sont construits par des systèmes qui n’ont pas appris à percevoir les capacités dans la différence.

Cette expérience m’a permis d’éprouver une profonde empathie pour les parents d’enfants atteints du trouble du spectre de l’alcoolisation fœtale (TSAF). Outre les réalités quotidiennes liées à l’accompagnement d’un enfant atteint d’un traumatisme crânien permanent, ces familles doivent également faire face au poids de la stigmatisation et du jugement liés à ce handicap, un fardeau qui aggrave leur isolement et leur épuisement.

Le TSAF est un trouble cérébral résultant d’une exposition prénatale à l’alcool. Il affecte des fonctions exécutives essentielles, notamment la mémoire, l’apprentissage, le jugement et la prise de décision. (Réseau canadien de recherche sur le TSAF) Il touche plus de 1,5 million de Canadiens, mais bon nombre d’entre eux restent non diagnostiqués, masqués par la stigmatisation et l’incompréhension. Contrairement à d’autres handicaps, le TSAF engendre un jugement supplémentaire envers les mères biologiques, des suppositions infondées quant au choix et des idées fausses sur la prévention, qui engendrent la honte là où il devrait y avoir du soutien, et le silence là où il devrait y avoir de la défense des droits.

Les conséquences sont dévastatrices. Les parents se retrouvent confrontés à des systèmes conçus pour d’autres handicaps, travaillant avec des professionnels bien intentionnés qui manquent de connaissances spécifiques au TSAF. Les besoins spécifiques de leurs enfants – leurs façons distinctes de traiter l’information, de réagir à l’environnement ou de réguler leurs émotions – sont souvent interprétés à tort comme de la défiance, de la manipulation ou une mauvaise éducation parentale. Et lorsque ces jeunes quittent les services sociaux à 18 ans, souvent sans soutien adéquat, ils sont confrontés à des risques accrus de toxicomanie, d’itinérance et de démêlés avec la justice.

L’impact économique est également colossal, atteignant 1,8 milliard de dollars par an au Canada. Mais le coût humain est incommensurable : des familles luttent pour être comprises, des jeunes peinent à s’intégrer dans un monde qui ne leur laisse aucune place.

Conscient de cette lacune et des coûts liés à son indifférence, ABLE2 a lancé le Programme de ressources sur l’alcoolisation fœtale en 2015, en partenariat avec le Réseau pour la santé du cerveau des enfants (RSCE), la Société d’aide à l’enfance d’Ottawa et le CHEO, afin d’offrir du soutien aux personnes de tous âges atteintes du TSAF et à leurs familles. L’objectif était simple, mais urgent : offrir un soutien spécialisé et fondé sur des données probantes aux personnes atteintes du TSAF et à leurs familles, tout en renforçant les connaissances des prestataires de services de tous les secteurs.

Depuis, nous avons constaté les possibilités offertes par la compassion et la compréhension qui remplacent la stigmatisation. Les familles autrefois isolées bénéficient désormais de solides réseaux de soutien. Les éducateurs, les intervenants judiciaires, les professionnels de la santé et les travailleurs sociaux formés par le FARP apportent à leur travail de nouvelles perspectives, de l’empathie et des stratégies fondées sur des données probantes. Et surtout, les personnes atteintes de TSAF, autrefois considérées comme « non conformes » ou « difficiles », sont enfin reconnues pour ce qu’elles ont toujours été : des personnes ayant des besoins uniques, des atouts considérables et le droit de s’épanouir.

J’ai eu le privilège de trouver enfin le soutien qui a permis à mon fils de s’épanouir. Aujourd’hui, il est soutenu pour vivre la vie qu’il souhaite et contribue pleinement à sa communauté. Mais je suis consciente que ce n’est pas accessible à toutes les familles, et je suis solidaire des parents qui souhaitent simplement que leurs enfants s’épanouissent, qu’ils aient une vie pleine de sens et épanouissante, et qu’ils aient un sentiment d’appartenance sans condition.

Septembre est le Mois de la sensibilisation au TSAF, dont le thème fort est cette année : « Chacun a son rôle à jouer : Agissez ! » Je souhaite que chacun d’entre nous, en tant qu’individus, professionnels et membres de la communauté, soit mis au défi d’aller bien au-delà du simple constat, vers une compréhension bienveillante et un changement systémique.

Cela implique de reconnaître le TSAF comme un handicap neurologique complexe et permanent. Cela implique de former des professionnels de tous les secteurs à des approches tenant compte du TSAF, qui tiennent compte à la fois des défis et des capacités. Il faut bâtir des communautés qui offrent un soutien pratique, sans jugement, et des ressources sans honte. Plus important encore, il faut faire évoluer notre discours collectif du blâme vers une responsabilité partagée, en reconnaissant que la création d’environnements inclusifs et favorables n’est pas seulement une question de bonne politique ou de conformité, mais un impératif moral.

Chaque enfant mérite d’être considéré non pas à travers le prisme étroit de ses difficultés, mais à travers le potentiel prometteur de son développement. Les enfants atteints de TSAF ne sont pas « difficiles » et la question n’est pas de savoir s’ils peuvent réussir, mais plutôt si nous allons enfin leur fournir les soutiens qui leur permettront de réussir.

Après septembre, je vous invite à contribuer à la cause des familles qui s’occupent de personnes atteintes de TSAF. Écoutez leurs histoires avec empathie. Plaidez pour une formation axée sur le TSAF dans votre milieu de travail et votre communauté. Soutenez les politiques qui reconnaissent le TSAF comme un handicap méritant des aménagements et du soutien. Luttez contre la stigmatisation partout où vous la rencontrez.

Lorsque nous choisissons la compréhension plutôt que le jugement, le soutien plutôt que la stigmatisation et l’action plutôt que la simple sensibilisation, nous ne changeons pas seulement les résultats pour les personnes atteintes de TSAF, mais nous devenons véritablement la société inclusive et compatissante que nous prétendons être.

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Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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Des systèmes conçus sans tenir compte du handicap – et cela se voit

En tant que directrice générale d’ABLE2, je constate chaque jour comment des systèmes qui n’ont jamais été conçus pour le handicap créent des obstacles inutiles. Les gens attendent des mois, voire des années, pour obtenir des aides de base. Les programmes sont sous-financés, les services sociaux sont débordés et l’accessibilité est souvent reléguée au second plan, réservée à ceux qui savent en faire la demande. Des organismes caritatifs comme le nôtre interviennent là où les systèmes sont défaillants, mais nous aussi, nous sommes sous-financés et débordés. Résultat ? Des personnes qui aspirent simplement à trouver leur place, à vivre leurs passions et à vivre une vie pleine de sens se heurtent à de nombreux obstacles.

Je suis récemment tombé sur une publication LinkedIn d’Edmund Asiedu qui disait : « Vous pourriez devenir une personne en situation de handicap avant la fin de l’année. » C’est une dure réalité dont on ne parle pas assez. Le handicap peut toucher n’importe qui, à tout moment. Et lorsque cela arrive, personne ne devrait avoir à lutter pour l’accès, la dignité ou l’inclusion.

Poursuivons sur la lancée d’Edmund : si vous saviez que le handicap fait partie de votre avenir, cela changerait-il votre perception des espaces publics, des lieux de travail, des transports en commun ou des plateformes numériques ? Exigeriez-vous des programmes et des services qui ouvrent des portes plutôt que de les fermer ? Exigeriez-vous une accessibilité totale, non pas un jour, mais dès aujourd’hui ?

C’est la réalité de près de 8 millions de Canadiens en situation de handicap, et ce pourrait être la vôtre aussi. L’accessibilité ne se résume pas à des rampes ou des panneaux indicateurs. C’est une question d’équité. Il s’agit de concevoir des systèmes, des espaces et des politiques qui conviennent à tous dès le départ. Pensez aux abaissements de trottoir : conçus pour l’accès en fauteuil roulant, mais tout aussi utiles pour les parents avec poussette, les livreurs, les voyageurs avec bagages à roulettes et les aînés. L’inclusion profite à tous.

Nous ne pouvons pas continuer à combler les lacunes des systèmes. Nous devons les repenser de fond en comble. Cela implique de financer adéquatement les programmes d’aide aux personnes handicapées, de simplifier l’accès aux services, d’intégrer l’accessibilité à chaque politique et produit, et d’inclure les personnes handicapées à chaque table de décision.

Chez ABLE2, l’expérience vécue est au cœur de toutes nos actions. Des personnes en situation de handicap et leurs familles siègent à notre conseil d’administration. Les utilisateurs du programme influencent nos événements et nos actions de sensibilisation. Au fil des ans, nous avons constaté que lorsque l’inclusion est intégrée dès le départ, les obstacles tombent et chacun peut s’épanouir, s’affirmer et ressentir un sentiment d’appartenance.

Imaginez un monde où personne n’a besoin de demander à être inclus, car l’accessibilité est déjà intégrée dès le départ.

Nul besoin d’attendre que le handicap nous frappe, nous ou nos proches. Nous pouvons dès maintenant mettre en place de meilleurs systèmes, espaces et soutiens. L’inclusion n’est pas une faveur faite à qui que ce soit. C’est une responsabilité partagée et le meilleur investissement que nous puissions faire pour notre avenir.

Si vous saviez que le handicap ferait partie de votre vie demain, que changeriez-vous aujourd’hui ?

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Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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Le pouvoir de la fierté du handicap et son importance

Chaque année en juillet, nous célébrons le Mois de la fierté des personnes handicapées afin de rendre hommage à l’histoire, à la culture et aux contributions de la communauté des personnes handicapées. Cette célébration trouve ses origines en 1990, année de la promulgation de l’Americans with Disabilities Act (ADA). Cette loi historique a constitué une victoire durement gagnée dans la lutte pour les droits civiques, l’accessibilité et l’inclusion. Depuis, la fierté des personnes handicapées a évolué bien au-delà d’une simple politique. Elle est devenue un mouvement puissant, qui lutte contre la stigmatisation et revendique fièrement son identité de handicap.

Pendant trop longtemps, le handicap a été perçu comme une limitation : quelque chose à réparer, à plaindre ou à surmonter. La Disability Pride renverse ce discours. Il ne s’agit pas d’inspiration ou de compassion. Elle affirme : « Nous appartenons à la communauté, non pas malgré notre handicap, mais avec lui. » Elle affirme que le handicap n’est pas une tare, mais un élément essentiel de la diversité humaine. Et dans un monde qui le dévalorise souvent, être fier de son identité handicapée est un acte de résistance radical. Il remet en question le capacitisme dans sa nature profonde et reconquiert un espace qui les a trop souvent exclus.

La Disability Pride offre une vision du monde que nous œuvrons à construire. Un monde où l’accessibilité est la norme, où le leadership des personnes handicapées est attendu et où l’interdépendance est valorisée. La Disability Pride est un appel à l’action pour que les systèmes, les institutions et les individus dépassent l’inclusion performative et s’orientent vers un changement structurel réel.

Chez ABLE2, nous sommes convaincus qu’une véritable inclusion exige plus que des déclarations politiques et de bonnes intentions. Elle exige des actions éclairées par des personnes ayant une expérience vécue. C’est pourquoi nous veillons à ce que les personnes en situation de handicap participent pleinement à l’élaboration de nos programmes, de nos services et de notre stratégie. De notre conseil d’administration à nos comités consultatifs et à nos équipes d’organisation d’événements, leurs voix sont non seulement prises en compte, mais elles animent les discussions.

Nous mettons cet engagement en pratique à travers tous nos programmes et services, axés sur l’inclusion. Par exemple, le Programme de jumelage combat l’isolement social en favorisant de véritables amitiés individuelles entre les personnes handicapées et les bénévoles de la communauté – des relations fondées sur le respect mutuel et l’appartenance. Grâce aux services d’orientation juridique Reach, nous veillons à ce que les personnes handicapées puissent accéder à la justice et faire valoir leurs droits.

L’inclusion est notre principe directeur. Chaque programme, politique et discussion commence par une question : comment bâtir une communauté inclusive où chaque personne est considérée comme compétente, importante et valorisée ? Car sans action concrète, l’inclusion reste une promesse non tenue.

Vous aussi, vous pouvez contribuer à bâtir un monde plus inclusif. Voici quelques pistes d’action concrètes :

  • Soutenez les initiatives en faveur des personnes en situation de handicap. Investissez votre temps, vos ressources et vos plateformes dans des organisations gérées par et pour des personnes en situation de handicap.
  • Renseignez-vous. Ce n’est pas aux personnes handicapées d’éduquer tout le monde. Prenez l’initiative de lire des livres, de regarder des documentaires et de suivre les défenseurs des droits des personnes handicapées en ligne.
  • Analysez vos espaces. Identifiez les pratiques et méthodes inaccessibles sur votre lieu de travail ou dans votre communauté, qu’elles soient physiques, numériques ou culturelles. Qui est exclu et pourquoi ? Plaidez activement pour le changement.
  • Dénoncez le capacitisme. Le silence peut être une forme de complicité. Si vous entendez des blagues capacitistes ou constatez un comportement discriminatoire, exprimez-vous avec respect, même si cela vous met mal à l’aise.
  • Amplifier les voix. Écouter et veiller à ce que les personnes handicapées soient non seulement invitées à la table des discussions, mais aussi habilitées à orienter le débat.

Être un allié exige humilité, écoute et engagement envers l’équité. Vous ne réussirez pas toujours, mais rester ouvert aux commentaires et apprendre continuellement fait de vous un véritable allié.

Alors que les efforts en matière de diversité, d’équité, d’inclusion et d’appartenance (DEIB) continuent d’être menacés, il est plus important que jamais de tenir bon. La fierté des personnes handicapées est importante, car l’inclusion n’est pas une tendance. C’est un droit humain. Le combat est loin d’être terminé, mais nous n’attendons pas qu’on nous autorise à être fiers. La communauté des personnes handicapées est là, elle dirige, crée et s’épanouit.

En ce Mois de la fierté des personnes handicapées, passons aux actes et passons aux paroles. Comment allez-vous vous mobiliser pour la communauté des personnes handicapées ?

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Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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FIERTÉ dans toutes ses nuances : honorer l’intersection du handicap et de la communauté 2SLGBTQ+

Juin est le mois de la FIERTÉ, une période pour célébrer l’identité, la visibilité et le droit fondamental de chacun à vivre ouvertement, pleinement et librement. Mais au-delà des célébrations colorées et des étapes difficiles à franchir, se cache une vérité plus discrète et plus complexe : pour beaucoup, la FIERTÉ n’est pas seulement une célébration, c’est un acte quotidien de résistance et de survie.

C’est la réalité de nombreuses personnes 2SLBGTQ+ vivant avec un handicap. Selon un rapport de Statistique Canada de 2022, plus de 700 000 Canadiens de plus de 15 ans s’identifient comme 2SLBGTQ+ et vivent avec un ou plusieurs handicaps. Ces personnes se trouvent à l’intersection de multiples identités marginalisées et obstacles, qui ne sont pas seulement cumulatifs, mais plutôt amplifiés par la stigmatisation, les lacunes systémiques et le manque de soutien adéquat. Imaginez vivre dans un monde qui non seulement remet en question vos capacités, mais invalide également votre identité.

Les personnes handicapées ont longtemps navigué dans des systèmes qui n’étaient pas conçus pour répondre à leurs besoins. Si l’on ajoute à cela la réalité des identités 2SLBGTQ+, où l’homophobie, la transphobie et l’effacement persistent, le risque d’isolement, de harcèlement et de violence augmente de façon exponentielle. Les recherches montrent que cette population est plus susceptible de connaître des problèmes de santé mentale, de se voir refuser un accès équitable aux services et d’être victime de victimisation en raison de son identité.

Et pourtant, malgré les obstacles, ces personnes ne sont pas brisées ; loin de là. Elles sont conscientes d’elles-mêmes, résilientes et souvent plus à l’écoute de leurs besoins. Parce qu’elles ont dû se battre pour cela. Leur expérience vécue en tant que personnes 2SLBGTQ+ en situation de handicap leur confère une sagesse et une force uniques. Et cela fait d’elles non seulement des survivantes, mais aussi des leaders du mouvement pour l’inclusion.

Cependant, alors que les efforts en matière de DEI sont de plus en plus scrutés, nous devons rester vigilants. Un discours inquiétant se répand, suggérant que l’équité menace le mérite ou que l’inclusion est facultative. Nous ne pouvons pas nous permettre de reculer. Ni maintenant, ni jamais. L’inclusion n’est pas une tendance. C’est le respect des droits fondamentaux de chacun, y compris des personnes 2SLBGTQ+ en situation de handicap. Elle est fondamentale pour une communauté juste et équitable.

Chez ABLE2, nous sommes fiers d’être aux côtés de la communauté 2SLBGTQ+, et plus particulièrement des personnes en situation de handicap. Nous nous efforçons de leur fournir des outils, des ressources et un accompagnement personnalisé pour vivre dans la dignité, l’autonomie et la confiance. Grâce à nos services d’orientation juridique Reach, nous mettons les personnes en contact avec plus de 200 juristes bénévoles qui les aident à lutter contre la discrimination et à faire valoir leurs droits, que ce soit en matière d’emploi, de santé, de logement ou d’éducation. La mission d’ABLE2 est de donner à chacun les moyens de se défendre et de vivre une vie plus épanouissante, plus sûre et plus enrichissante.

Alors que nous célébrons le mois de la Fierté, je nous mets tous au défi d’aller au-delà des logos arc-en-ciel et des politiques écrites standard. Pour être de véritables alliés, nous devons écouter et amplifier la voix de ceux dont l’identité est trop souvent marginalisée. Apprendre et diriger avec détermination. Car l’inclusion ne doit jamais être optionnelle, ni performative. Elle doit être intégrée à notre façon de gouverner, de nous soutenir et de nous montrer solidaires les uns des autres.

Chers alliés, que faites-vous aujourd’hui pour garantir que ceux qui sont en marge soient non seulement vus, mais aussi entendus, inclus et célébrés ?

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Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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Énoncé de positionnement sur la réduction des rôles du Cabinet en matière de diversité, d’inclusion et de personnes handicapées

ABLE2 : Soutien aux personnes handicapées reconnaît le contexte complexe et exigeant dans lequel évolue le gouvernement fédéral nouvellement élu. Nous reconnaissons la nécessité d’une gouvernance réfléchie et efficace en période d’incertitude économique et sociale. Cependant, nous sommes profondément préoccupés par la décision de supprimer du Cabinet fédéral les postes ministériels dédiés à la diversité, à l’inclusion et aux personnes handicapées.

Pour les 27 % de Canadiens en situation de handicap, l’absence d’une voix au sein du Cabinet signifie que des enjeux cruciaux qui touchent des millions de Canadiens sont déclassés. Depuis des décennies, les personnes en situation de handicap réclament d’être vues, entendues et véritablement incluses dans les décisions qui les concernent. En cette période de changement, il est plus important que jamais de réaffirmer l’importance de l’inclusion et de leur permettre de continuer à prendre part à toutes les décisions.

L’inclusion est essentielle à une démocratie saine et à une économie forte. Les Canadiens en situation de handicap contribuent de manière significative à tous les secteurs et méritent de voir leurs besoins et leurs droits pris en compte aux plus hauts niveaux décisionnels. Comme le affirme depuis longtemps la communauté des personnes en situation de handicap : « Rien pour nous ne se fera sans nous. »

Nous exhortons le premier ministre Carney et le gouvernement fédéral à réaffirmer leur engagement en faveur de l’inclusion, non seulement par des politiques, mais aussi par un leadership visible et une responsabilisation active. Nous demandons à ce gouvernement de veiller à ce que les droits, les expériences et les contributions des personnes handicapées soient véritablement représentés et priorisés dans tous les ministères et ordres de gouvernement.

Le Canada ne peut se permettre de perdre son élan en matière d’équité et d’inclusion. Les progrès doivent aller de l’avant, et non régresser.

Chez ABLE2, nous demeurons déterminés à bâtir des communautés où chaque personne est considérée comme compétente, importante et valorisée. Nous demandons à notre gouvernement d’en faire autant pour le Canada.