Le handicap invisible que nous ne pouvons pas nous permettre d’ignorer

Œuvre de Jet Kate, « Piégée dans l’émotion », Behance

J’ai suivi l’actualité ces derniers temps, et cela m’a rappelé quelque chose dont on ne parle pas assez : certains des handicaps les plus courants sont aussi les moins visibles.

Au Canada, près de 3,1 millions de personnes âgées de 15 ans et plus vivent avec un handicap lié à la santé mentale. Plus de la moitié d’entre elles déclarent rencontrer des obstacles en raison de préjugés, de suppositions et de stigmatisation. Fait particulièrement révélateur : 35 % des personnes employées ayant un handicap lié à la santé mentale et nécessitant des aménagements de poste n’en ont pas informé leur employeur, souvent par gêne ou par crainte de représailles.

Voilà qui devrait nous faire réfléchir.

Les problèmes de santé mentale ne se manifestent pas toujours comme une crise. Ils peuvent se traduire par un employé soudainement plus silencieux que d’habitude, un collègue qui ne respecte plus ses échéances alors qu’il n’en avait jamais manqué auparavant, ou une personne qui semble repliée sur elle-même ou tout simplement différente de son état normal.

On attend souvent une crise avant de réagir. Pourtant, le travail de soutien commence plus tôt, lorsque nous, en tant que dirigeants, collègues, amis et membres de la famille, prenons conscience de la situation et choisissons d’y prêter attention.

Nous n’avons pas besoin de toutes les réponses pour apporter notre soutien. Il suffit de créer un espace de dialogue authentique et de prendre régulièrement des nouvelles, en demandant simplement : « Comment vas-tu vraiment ? » Cela peut faire toute la différence. Il s’agit aussi de normaliser le repos et d’encourager chacun à faire des pauses quand il en ressent le besoin. Les jours de congé pour raisons de santé mentale ne doivent pas être perçus comme un luxe ; pour beaucoup, ils sont tout aussi importants que n’importe quel autre aménagement lié à la santé.

Il est également essentiel de reconnaître l’importance de la vie en dehors du travail. Une personne souffrant de dépression, d’anxiété, de traumatisme ou d’un autre trouble de santé mentale peut déployer une énergie considérable pour simplement traverser la journée. La flexibilité concernant les échéances, le soutien aux rendez-vous médicaux ou aux séances de thérapie, la possibilité de télétravailler lorsque cela est approprié et l’accès aux ressources en santé mentale ne constituent pas un traitement de faveur. Ce sont des aménagements qui permettent aux personnes de participer pleinement à la vie active. Comme tout handicap, les troubles de santé mentale s’accompagnent de besoins spécifiques, et plus nous nous informons et facilitons l’accès au soutien, plus les personnes seront susceptibles de demander de l’aide avant d’atteindre un point de rupture.

Chez ABLE2, notre expérience nous a appris que l’accessibilité ne se limite pas aux rampes ou aux ascenseurs. Il s’agit aussi de créer des environnements où les personnes se sentent soutenues, même lorsque leurs difficultés ne sont pas visibles, et où le soutien est accessible avant qu’elles n’atteignent un point de rupture. Les troubles de santé mentale méritent la même compréhension, les mêmes aménagements et la même compassion que tout autre handicap.

La vie continue en dehors du travail. On prend soin de ses proches, on fait face au deuil, on gère le stress et on vit avec des problèmes de santé mentale qui peuvent rester invisibles aux yeux de notre entourage. Le plus important, c’est de reconnaître qu’invisible ne signifie pas moins réel.

Au final, il s’agit de personnes, pas de politiques. Chaque personne mérite de se sentir soutenue dans les moments difficiles, d’être accueillie avec compréhension plutôt que jugement, et de savoir que sa valeur ne se mesure pas à sa capacité à dissimuler ses souffrances. Lorsque nous créons des espaces où les personnes se sentent vues, comprises et soutenues, nous faisons bien plus que simplement adapter nos services à un handicap. Nous affirmons leur humanité. Nous bâtissons des communautés où les personnes ne se contentent pas de survivre, mais ont la possibilité de guérir, de s’épanouir et de prospérer.

Avec le recul, quel soutien aurait fait la plus grande différence lors d’une période difficile de votre vie ?

Publié par

Heather Lacey

Directeur exécutif expérimenté à but non lucratif

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